Blason de la commune de LaireBien que Laire appartienne au Pays de Montbéliard, il s’agit d’une commune épargnée par l’urbanisme et l’industrialisation. Cet aspect apparaît immédiatement à la vue du blason : les deux bars adossés, emblème bien connu du Pays de Montbéliard, localisent la commune, tandis que les deux branches en soulignent l’aspect rural préservé. Autrefois peuplé d’agriculteurs, Laire a dû son accroissement démographique d’après-guerre à la proximité des usines du bassin montbéliardais. Couleur du lait, l’argent (blanc) évoque la population paysanne d’autrefois tournée vers l’élevage, tandis que le gueules (rouge), couleur du fer et du feu, représente les nouvelles populations employées par l’industrie.

DE LA DIVISION A L’UNIFICATION

Tout comme ses voisines Aibre, Bussurel, Champey, etc., Laire était sous l’Ancien régime un village mi-parti entre le comté de Montbéliard et la seigneurie d’Héricourt.

Lorsque le village de Laire apparaît dans les textes au XIIIe siècle, il est déjà morcelé entre plusieurs seigneurs, tant laïcs qu’ecclésiastiques. La principale partie était tenue en fief par des vassaux du comté de Montbéliard, parmi lesquels Pierre de Montbéliard, chevalier, qui vivait en 1293. Parmi les établissements religieux possessionnés à Laire au XIIIe siècle, on compte l’abbaye de Lure et le chapitre de l’église collégiale de Saint-Maimboeuf de Montbéliard.
D’après le pasteur Beurlin, lors du partage de la succession du comte Renaud de Montbéliard en février 1326, la portion de Laire qui était tenue en fief resta annexée au comté de Montbéliard ; le reste de Laire, c’est-à-dire environ le quart, entra dans la composition de la seigneurie d’Héricourt. Toutefois, pour d’autres historiens, c’est la plus grosse partie qui dépendait d’Héricourt et la plus petite qui relevait du Montbéliard. La complexité de la situation seigneuriale occasionna des contestations continues entre les deux parties.
On nota une accalmie de 1561 jusqu’au règne de Louis XIV. En effet, le comte de Montbéliard mit la main sur la seigneurie d’Héricourt en 1561, si bien qu’à cette date, les deux seigneuries du village, tout en conservant leurs structures spécifiques, furent réunies sous l’autorité du même prince. Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, deux maires furent institués à Laire par le gouvernement de Montbéliard, l’un pour le comté de Montbéliard et l’autre pour la seigneurie d’Héricourt ; ce régime devait fonctionner jusqu’en 1793.
La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV en 1674, suivie de l’annexion militaire de la seigneurie d’Héricourt par le même roi en 1700, relancèrent les contestations au sujet de la possession de Laire : en effet, du côté français comme du côté montbéliardais, les juristes s’échinèrent à démontrer la légitimité des revendications de leur prince face à son adversaire… Ils mirent tant de talent à justifier leurs vues que les historiens d’aujourd’hui sont bien en peine de savoir qui avait raison…
Sur les armoiries, cette histoire est rappelée comme suit :

La division en deux moitiés verticales, appelé parti, rappelle que le village était mi-parti entre deux seigneuries (Héricourt et comté de Montbéliard) du XIIIe siècle à la Révolution ;
Le rouge et le blanc sont les couleurs de la seigneurie d’Héricourt telles qu’elles figurent sur ses armoiries, dont deux versions sont connues : soit parti d’argent et de gueules, soit coupé de gueules et d’argent au tau de gueules ;

…Réunifié par la République

Mi-parti jusqu’en 1793, Laire a été réunifié selon un processus que nous explique le pasteur Beurlin : « lors de l’organisation des municipalités en France, en janvier 1790, la partie du village de Laire qui dépendait de la seigneurie d’Héricourt ne put avoir une municipalité entière, à cause de la faible population qu’elle comprenait. Lors des nouvelles divisions de la France en 1790, cette même partie entra dans le canton d’Héricourt, dans le district de Lure et dans le département de la Haute-Saône. Lors de la réunion du comté de Montbéliard à la France en 1793, la partie de Laire qui dépendait de ce comté, entra dans la justice de paix de la campagne de Montbéliard, dans le district de Montbéliard et dans le département de la Haute-Saône ; et l’administration en resta provisoirement confiée au maire qui avait reçu sa nomination de l’ancien régime. Chaque partie du village appartenait donc à un district différent, et avait une administration différente. Par un arrêté du 9 décembre 1793, Bernard de Saintes, représentant du peuple en tournée dans le pays, réunit les deux parties de Laire sous une même municipalité dont il nomma lui-même les membres ; et la commune entière de Laire fut dès lors du ressort de la justice de paix de Montbéliard, pour la campagne, du district de Montbéliard et du département de la Haute-Saône. »
L’unité retrouvée de la commune grâce à la République est symbolisée par le clocheton de la mairie placé au-dessus de la ligne de division. Même si la mairie a été bâtie en 1828, l’union municipale remonte à 1793, sous la 1ère République. Aussi la couleur bleue du clocheton, associée au rouge et au blanc de l’écu, forme-t-elle les couleurs républicaines.
L’or du cadran et de la fenêtre ajoute une note lumineuse, et souligne le fait que le village est accueillant.

PILLAGES ET DESTRUCTIONS

Le village, qui a toujours été petit (9 maisons en 1688, 15 en 1709), subit au cours de son histoire pillages et destructions, mais se releva courageusement : pillé lors du passage des troupes du duc de Guise en 1587-1588, il fut plus durement frappé encore lors la guerre de Trente Ans (1618-1648). Fait significatif : il ne subsiste aucune ferme antérieure aux années 1670-1680 ; la plupart ont été bâties au XVIIIe siècle.
Sur le plan religieux, les habitants de Laire eurent à subir les persécutions du roi de France : en 1684, le temple de Tavey, où se retrouvaient les habitants de Laire, fut recatholicisé sur ordre de Louis XIV. Privés de sanctuaire, les villageois durent se rendre à Vyans puis à Héricourt pour y célébrer leur culte. D’autre part, le curé royal exigea des Lairois qu’ils contribuent au financement du culte catholique. La persécution se borna à ces exigences et le village ne compta qu’une abjuration au XVIIIe siècle.
Surtout, les habitants de Laire s’impliquèrent activement dans la Résistance et la Libération du pays lors de la IIe Guerre Mondiale : neuf villageois payèrent leur engagement de leur vie.

L’histoire a révélé que les habitants de Laire se sont montrés courageux et résistants.